Keita Mori, né en 1981 à Hokkaido au Japon (vit à Paris et travaille à Montreuil), a été sélectionné pour l'édition 2017 de Drawing Lab Paris, exposition proposant des expérimentations autour du dessin.

Keita Mori, Bug Report (corpus), 2015

La programmation artistique de Drawing Lab Paris pour l'année 2017 a été établie par un comité artistique indépendant composé de Daria de Beauvais, curatrice du Palais de Tokyo, Agnès Callu, Conservateur du Patrimoine au Musée des Arts décoratifs chargée du Cabinet des Dessins, Sandra Hegedüs, fondatrice de SAM Art Projects et collectionneuse, Marc Donnadieu, Conservateur en charge de l’art contemporain au LaM, Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut et Philippe Piguet, critique d’art et commissaire d’exposition indépendant.

En plus du projet de Keita Mori, le comité a retenu également les projets d'expositions de Deborah Bolsoni (1975, Rio de Janeiro), Gaëlle Chotard (1973, Montepellier) et du duo d'artistes Pia Ronde et Fabien Saleil (1986, Grasse / 1983, Ségur).

  Artist Keita Mori dans son atelier

Le critique Victor Mazière donne ses impressions sur les "hyper-espaces" de l'artiste nippon :

Keita Mori développe depuis plusieurs années une technique de dessin dans l’espace, à l’aide de fils tendus, qu’il colle directement sur des murs ou sur des toiles blanches. Issu de l’art conceptuel, ses influences sont à chercher du côté de la déconstruction ou de l’esthétique relationnelle : en sémionaute, le monde est pour lui un ensemble de signes et de configurations possibles, échappant parfois à ce que le langage ou l’œil peuvent atteindre ; il s’agit dès lors de transcrire dans une forme ce réseau de connexions, où le visible et l’invisible s’entremêlent, et où les ondes qui nous entourent tissent secrètement leur toile sur les murs de nos demeures terrestres. Le fil sert ici de lien matérialisant le diagramme d’un hyper-espace inaccessible ordinairement à nos sens, et dont la présence fragile vient « se coller » dans notre environnement immédiat, comme des univers parallèles qui n’en feraient en fait qu’un. Le fil est ainsi pour Keita Mori un outil à la fois de sculpture dans l’espace et de traçage signifiant. On peut ici parler d’ailleurs de tracé plus que de trace, puisque le « trait » du fil ne s’imprime pas sur la surface, mais reste toujours au-dessus, à la fois séparé de cette surface et faisant corps avec elle, matérialisant la relation de jonction et de disjonction où deux mondes concomitants partageraient l’épaisseur si mince d’un fil.

Bug Report (Potemkin Stairs), 2015 (image courtesy Maison Bleu Studio)

 

Translated text and composition © Maison Bleu Studio