Ko Younghoon

Ko Younghoon, né à Jeju Island en 1952, est un artiste coréen.
L’artiste est une figure très importante de l’hyperréalisme des années 80 dans son pays. Depuis lors, il a peint la pierre posée sur un livre ou un journal ouvert, ainsi que son ombre, dans un questionnement de la représentation de l’objet, de son poids, sa forme et ses qualités matéri- elles. Son travail, dans lequel on retrouve l’influence de l’art contemporain occidental, s’inspire également de l’esthétique coréenne et les concepts du rien (mu 無) et de l’existence (yu 有).

« C’est à l’université que mon attachement aux pierres présentes était le plus fort. Une atmosphère informel- le m’a rappelé mon refus de la nature, mais aussi mon adoration pour celle-ci. À cette époque-là, mes sujets de prédilection étaient des choses pures, naturelles telles que les pierres, les arbres, l’eau, le ciel. Parmi elles, j’ai choisi les pierres comme sujet parce que je pensais qu’elles représentaient la nature la plus primaire. La pierre symbolisait alors pour moi un grand univers idéalisé et un monde transcendant à l’écart de la réalité. Mais avec le temps, je leur ai donné un sens conceptualisé en les considérant d’un point de vue logique et elles sont devenues en même temps un élément descriptif matériel. L’élément matériel appelle l’intérêt vis-à- vis d’un objet et représente une coexistence de la nature et de la culture, c’est-à-dire que la pierre représen- tait une culture primitive la généralisant comme une réalité et comme un idéal.»

- KO Younghoon

Ko Younghoon aime les pierres, parce qu’elles catalysent les énergies les plus élémentaires et apparaissent comme les vestiges de la mémoire de la terre. Les chinois les considéraient comme un monde. Mais le temps passant, il leur a donné une valeur symbolique, plus intérieure, entre nature et culture. La configuration de ses pierres, rondes ou effilées, oblongues ou cabossées, influ sur les dispositifs de son théâtre minéral et correspond chez lui à la transhumance de ses états d’âme. Il s’est donc identifié à elles et vice-versa, et ont orienté dans ses tableaux son geste appropriatif. Combinant dans sa peinture les messages lettrés et leur relation aux pierres, il échelonne au sein des pages d’un livre ouvert ou sur des journaux, dans une étrange apesanteur, de façon à provoquer des tensions contrastées, qui modifient le sens des objets décalés. Alors se développe une sorte de rêverie éveillée jamais coupée des flux naturels, où la réalité se mêle à l’illusion. Ainsi que le dit mon regretté ami Lee Il, “ le livre est simultanément un objet, mais ce n’est pas un livre. Il peut en présenter les propriétés et la structure, mais quelle que soit la précision de la simulation, cet objet n’est pas un livre...”. On est par conséquent soumis à une double lecture, où quelque chose d’onirique irrigue cette illusion, qui n’est en somme, qu’une réalité différée.

 - Gérard XURIGUERA